Les réécritures théâtrales

Toujours soucieux de faire évoluer ses œuvres selon ses goûts esthétiques et les circonstances de sa vie, Claudel a très souvent écrit plusieurs versions de ses pièces, estimant qu’ “en art, il n’y a rien de définitif”.

Tête d’Or

– 1re version, 1889 (publication en 1890) : pièce essentiellement lyrique.
– 2e version, 1894 : le sens et la structure de la pièce ne sont pas modifiés en profondeur, mais Claudel s’attarde davantage sur les préoccupations scéniques, notamment en précisant les didascalies.
– Ébauche d’une 3e version, 1949 : la pièce est située dans un stalag.

La Ville

– 1re version, 1890-1891 : défi théâtral difficilement jouable : évocation d’une foule à Paris.
– 2e version, 1894-1898 : souci de ne pas manquer aux lois essentielles du théâtre : précision du cadre et des personnages, clarification des dialogues.

La Jeune Fille Violaine

– 1re version, 1892 : drame familial inséré dans la région natale de Claudel, le Tardenois.
– 2e version, 1898-1899 : l’histoire paysanne devient un drame mystique du sacrifice et de la sainteté.
– 1910-1911 : réécriture sous le titre L’Annonce faite à Marie.

L’Échange

L'Échange
L’Échange
de Paul Claudel,
mise en scène de Jean Dautremay
Comédie Française (1995)
avec Éric Ruf (Louis Laine)
et Muriel Mayette (Marthe)

– 1re version, 1893-1894 (publication en 1900, création en 1914 au Vieux-Colombier).
– 2e version, 1951 : réécriture plus prosaïque pour la mise en scène de Jean-Louis Barrault.

Partage de midi

– 1re version, 1905 (parution en 1906) : transposition de l’amour coupable de Claudel pour Rosalie Scibor-Rylska, devenue Ysé dans la pièce.
– 2e version pour la scène 1948 : à la demande de Barrault, Claudel réécrit sa pièce la plus intime, qu’il avait occultée depuis 1905, en la recréant véritablement.
– 3e version 1949 : écrite à la suite des représentations de la mise en scène de Barrault : le drame s’extériorise et devient “une parabole”.

L’Annonce faite à Marie

– 1re version : 1910-1911 (création en 1912 au Théâtre de l’Œuvre). Transformation de La Jeune Fille Violaine en un drame d’une portée plus générale à la fois humaine et religieuse.
– 1938 : refonte de l ‘acte IV en collaboration avec Charles Dullin, suivie d’une nouvelle édition en 1940.
– 1948, version définitive pour la scène à l’occasion de la mise en scène au Théâtre Hébertot : resserrement à la fois dramatique et scénique.

Protée

– 1re version, 1913
– 2e version, 1926

Le Soulier de satin

– 1re version, 1919-1924 : “une mascarade et une reprise de tous mes thèmes anciens réunis en un ensemble probablement testamentaire”.
– 2e version, 1943 : réécriture pour la scène, abrégée et arrangée avec Barrault, qui crée la pièce en novembre 1943 à la Comédie-Française. La 4e Journée du texte original est quasi occultée.

La Femme et son ombre

– 1re version, 1922 : scénario pour un mimodrame composé à Tokyo et inspiré par le Nô.
– 2e version, 1923 : ajout de didascalies, après les représentations de mars 1923.

Le Livre de Christophe Colomb

– 1re version, 1927 : créée à l’Opéra de Berlin en 1930 sur une musique de Milhaud.
– 1952-1953 : “recréation du drame” avec une nouvelle musique de scène de Milhaud pour la mise en scène de Barrault en 1953.

L’Histoire de Tobie et de Sara

– 1re version, 1938 : écrite sur une commande d’Ida Rubinstein, illustration de “la musique à l’état naissant”.
– 2e version, 1953 : après une création de la version précédente à Hambourg, accentuation du côté dramatique aux dépens du côté spectaculaire.

Bibliographie :
MAKA Lambert, L’Annonce faite à Marie : étude des trois versions, thèse inédite, Université de Liège, 1943.
ALEXANDRE Pascale, L’Échange de Paul Claudel – Seconde version, Besançon, Presses universitaires franc-comtoises, 2002.